Mondes 3D : une nouvelle dimension pour la formation

Mondes 3D : une nouvelle dimension pour la formation

4 fév 2013

Tribune de Jenny Bihouise & Lorenzo Soccavo. Le Mag inaugure un nouveau type de contenu ce jour. La parole sera régulièrement donnée à un ou plusieurs experts, afin qu’ils portent un « coup de gueule » ou sensibilise le lectorat à leur problématique de recherche ou professionnelle. Le premier volet porte sur les mondes immersifs, qui serait un potentiel formidable d’interaction, notamment pour l’enseignement.

OpenSimulator est une solution open source développée par une communauté internationale, dont l’objectif est de permettre la création dans le monde entier de plateformes de web 3D immersive. Dans ces environnements les outils du web sont utilisables mais s’y ajoutent les repères nécessaires aux échanges et activités de la vie en société. Ces espaces, dans lesquels les internautes avatarisés peuvent échanger entre eux comme dans la vie, s’imposent progressivement comme des lieux complémentaires aux environnements physiques et frappent d’obsolescence le web, 2.0 certes mais surtout 2D.

Un fort potentiel éducatif

Grâce aux outils numériques, l’enseignement à distance a ouvert une voie de progrès par rapport à deux axes importants : la démocratisation de l’accès au savoir, et la réduction des déplacements allant vers une baisse de la consommation énergétique. Cependant, rappelons que le web permet essentiellement de l’échange informationnel. Il n’offre pas les conditions telles que celles réunies dans une situation présentielle et requises pour intégrer le contenu de ces échanges. Le web prive notre cerveau, conçu naturellement pour percevoir le monde en trois dimensions, de la troisième précisément, celle qui permet aux acteurs mis en situation d’apprentissage de partager un même lieu, lequel constitue la condition pour que les émotions, elles aussi nécessaires à l’appropriation des connaissances, puissent être exprimées et perçues.

Or, à la fois par la représentation de soi au travers d’un avatar qui est comme sa “caméra-regard-conscience”, et par l’offre de lieux perçus comme réels dès que partagés à plusieurs, la 3D immersive permet de retrouver ce sentiment de présence réelle de l’autre. En outre, cet avatar apporte à chacun une liberté nouvelle que la situation présentielle ordinaire ne permet pas : celle du choix ou d’un ajustement de « la bonne distance » de soi-même par rapport aux autres. Par exemple, une personne timide trouvera un certain confort à ne pas subir tous les regards et osera s’exposer davantage. Au contraire, une personne charismatique aura à découvrir en elle de nouvelles compétences pour capter son auditoire. Ces acquis se prolongeront en impactant les comportements dans la vie quotidienne.

On comprend alors en quoi ces premières caractéristiques ouvrent déjà à elles seules un espace propice à des activités humaines s’appuyant sur la collaboration, le travail partagé, la participation et donc, bien sûr, la formation et l’enseignement. Car il s’agit là avant tout d’un environnement, comme préalable à une activité, et cette activité peut s’y déployer sur les mêmes ressorts que dans la vie matérialisée : des groupes ou équipes peuvent se former, des enseignants peuvent y enseigner… L’autre volet intéressant concerne la facilité de réalisation ou d’emploi d’éléments modélisés et/ou animés en 3D et constitutifs d’un matériel pédagogique souvent limité en vie physique.

Illustrer le fonctionnement de l’infiniment grand et de l’infiniment petit devient possible, on peut collectivement construire, observer ou modifier une chaine d’ADN, faire tourner la terre à son pas réel, comprendre la géométrie ou encore le vent… Les exemples n’ont pas de limites et concentrent à eux seuls de quoi éveiller l’intérêt des élèves dont la motivation égalait jusque-là celle d’une puce face à l’océan à traverser. Le dernier point concerne le plaisir. Celui du partage et de la rencontre, mais aussi celui de la réussite à la portée de tous : pour se débrouiller dans ces univers, y apporter quelque chose, y comprendre nouvellement ce que son cerveau rejetait comme trop abstrait, y découvrir la construction possible et la continuité d’une relation pédagogique privilégiée.

Un cycle de rencontres in situ

Depuis décembre 2012 un cycle de rencontres bimensuelles est organisé sur ces thèmes sur la plateforme associative Francogrid, principale base de l’OpenSimulator francophone.Ces rencontres hébergées par MétaLectures se déroulent généralement tous les premiers et troisièmes mardis de chaque mois à partir de 21H15. Des enseignants, de la maternelle à l’université, et des acteurs professionnels de la formation continue s’y succèdent pour présenter, démonstrations à l’appui, les travaux qu’ils développent avec leurs élèves.

De l’apprentissage des formes et des volumes en maternelle, apprendre aux plus jeunes à s’orienter et à se repérer dans l’espace, jusqu’à la création d’œuvres d’art numérique, en passant par des élèves qui pratiquent la géométrie en modélisant en 3D leur collège, le potentiel est énorme. Imaginez un instant la puissance de cartes heuristiques (mind map) en trois dimensions, la force déployée par notre pensée imagée dès lors que nous pouvons la projeter et la rendre visible à tous.

Ces rencontres sont annoncées sur la page Agenda du blog MétaLectures qui organise ce cycle en partenariat avec l’association Francogrid et son chef de projet concernant les questions éducatives, Sébastien Simao (professeur de mathématiques en collège), ainsi que sur le site de La cantine numérique rennaise. L’ambition de ce cycle “Rencontres Formation et Pédagogie sur Opensim” est de fédérer autour de son thème, avec comme objectifs au cours de l’année 2013 la réalisation d’un barcamp et la publication d’un livre blanc. Toutes celles et tous ceux qui se sentent impliqués par l’extension des domaines de la formation et de la pédagogie au 21e siècle sont les bienvenus.

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