Open data et numérique au service d’une démocratie plus citoyenne

Open data et numérique au service d’une démocratie plus citoyenne

2 oct 2012

La dynamique d’open data n’est pas une fin une soi, d’où les réflexions sur l’avenir de ce mouvement. En s’interrogeant sur « l’ouverture des données publiques et après ? », la FING a par exemple réalisé trois scénarios prospectifs : radieux, décevant et sombre. Les promesses d’e-démocratie ne sont pas toutes réalisées, mais l’euphorie retombée a déjà permis une prise de recul avec la sortie d’un ouvrage pédagogique de Simon Chignard sur le sujet en avril dernier. D’autres, à l’image d’Alban Martin qui s’est exprimé au Village Numérique de Viva-Cités ce lundi, s’interrogent sur les perspectives politiques de l’open data et de la transparence. 

Les évolutions de la démocratie : du théâtre classique à « l’arène de cirque »

Alban Martin a ouvert son intervention par une métaphore originale s’appliquant au système traditionnel : « l’imaginaire de la représentation démocratique est un théâtre ». Les coulisses sont le lieu par excellence de la prise de décision. Sur scène se trouve « l’espace public filtré » par les médias et les experts notamment. Et le (grand) public ? Il est plutôt silencieux, et ses connaissances reposent sur ce qu’on lui montre sur scène. De l’aveu même de son auteur, ce schéma « un peu caricatural », subit pourtant quelques modifications avec « l’adjonction d’un nouvel espace public numérique ». La métaphore peut donc être filée !

Avec le développement de l’open data et d’Internet, la représentation théâtrale se déplace dans une arène de cirque. Les coulisses deviennent un peu plus transparentes et visibles. Sur scène, de nouveaux acteurs ou experts bénéficient parfois d’un coup de projecteur. Et le (grand) public ? Les tribunes sortent de la pénombre et deviennent interactives. Ces évolutions permettent de « jeter un peu de cacophonie » dans l’univers feutré et conventionnel du théâtre démocratique traditionnel. Mais pour l’auteur de l’ouvrage Egocratie et démocratie (publié en octobre 2010), ces évolutions naissantes appellent de « nouvelles technologies politiques ».

« Cinq nouvelles technologies politiques » pour une meilleure démocratie

  • Faire preuve d’agilité pour entendre la société civile.

L’expression sur les outils numériques (médias sociaux, blogs, Twitter, pétitions en ligne, etc.) offre des perspectives pour prendre en compte les préoccupations citoyennes avant que le sujet ne fasse la Une des journaux, comme c’est traditionnellement le cas. Ces canaux permettent, à qui veut bien les écouter, de capter des « signaux faibles » d’un problème  en émergence.

  • Impliquer les citoyens pour bénéficier des apports de leurs connaissances.

Alban Martin regrette que les « systèmes de consultation soient anarchiques sur la toile », alors que le crowdsourcing est plein de promesses. Il a évoqué l’expérience « Peer to patent » menée aux États-Unis par l’USPTO (l’organisme public chargé d’examiner les demandes de brevets) qui a ouvert aux internautes la recherche d’antériorité pour 66 demandes. Sur celles-ci, dix ont bénéficié des apports conjoints de l’organisme et du public, alors que huit ont été résolues par les internautes seuls. Le conférencier en a conclu avec le sourire que « même sur des sujets pointus, des connaissances nouvelles non anticipées par l’administration peuvent être apportées par le public ».

  • Exploiter le processus de légitimation des décisions, le « fair effect process ».

Si les acteurs concernés par une décision la trouvent juste et équitable, le grand public ne peut alors que l’accepter. Or, pour le conférencier, les outils numériques accélèrent ce processus, comme le montre Wikipédia avec « la traçabilité de ses discussions », un élément infaillible de légitimation.

  • Implanter l’utilité des représentants dans l’esprit des citoyens.

Au niveau parlementaire, l’inflation législative (hausse du nombre de lois) et la microlégifération (lois non appliquées en l’absence de cas concernés) sont pointées du doigt par Alban Martin. Le Médiateur de la République, intermédiaire entre les citoyens et les pouvoirs publics, est une avancée. Au niveau exécutif, le conférencier vante les mérites des systèmes d’alertes citoyennes pour lutter contre le spam par SMS ou contre les sites frauduleux.

  • Insuffler de la prédictibilité dans les processus décisionnels.

Davantage de transparence permettrait de mieux anticiper et accepter les conséquences d’une décision.

Au cours de son intervention à Viva-Cités, Alban Martin a fait état de perspectives d’évolution vers une e-démocratie. Mais il reste du chemin à parcourir : avec un « changement culturel interne » à l’État sur ces questions par exemple ? Et qu’en est-il de l’acceptation de l’idée qu’une « rétribution à la participation » serait efficace pour mobiliser les individus ? Le déroulé des concours d’applications en open data en témoigne. Quant à l’idée d’une « identité civile numérique française », complémentaire de l’identité physique, donnerait-elle peut-être davantage de crédit à certaines consultations en ligne ? Toutes ces pistes s’attachent à « redonner un peu de liberté d’expression aux citoyens », mais le but est que leurs avis soient aussi écoutés et pris en compte.

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