juin 28, 2012
Le 22 juin, l’écrivain Thierry Crouzet s’interrogeait sur la fainéantise des auteurs et écrivait sur son blog « Si vous êtes l’auteur d’oeuvres indisponibles, publiez-les immédiatement plutôt que de râler contre le SNE, la SGDL, Google… » puis suggérait trois jours plus tard de créer un site « indisponibles.fr ». Cette plateforme proposerait une alternative à la loi sur la numérisation des oeuvres indisponibles. L’objectif affiché serait d’empêcher les éditeurs qui ne les commercialisaient plus en version papier de percevoir une rémunération sur la vente de la version numérique…
Petit rappel du contexte
Depuis le mois de mars la loi permettant la numérisation des oeuvres indisponibles, issue d’un accord-cadre entre le ministère de la Culture et de la Communication, le Commissariat général à l’investissement, le Syndicat National de l’Édition, la Société des Gens de Lettres et la Bibliothèque nationale de France, a fait couler beaucoup d’encre.
Yal Ayerdhal s’exprimait en mars sur ce sujet sur le site de la Cantine numérique au nom du collectif du droit du Serf et publiait sa lettre ouverte « Auteurs en colères ! »
Parmi les points les plus discutables de cette loi :
- la numérisation des oeuvres se fera par défaut, sans l’aval de son auteur. Ce que l’on peut considérer comme une attaque au droit d’auteur.
- l’éditeur, qui avait pourtant cessé de commercialiser l’ouvrage papier, pourra prélever 50% de la vente même s’il ne possède pas les droits d’édition numérique.
- Les oeuvres reconnues indisponibles dans une base de données de la BnF seront automatiquement confiées après 6 mois à une Société de Gestion et Répartition des droits favorisant les éditeurs (si l’auteur ou l’ayant droit ne s’est pas manifesté – charge à lui de surveiller l’utilisation de ses oeuvres !).
Pourquoi indisponibles.fr ?
Peut être parce qu’il est grand temps que les auteurs reprennent possession de leurs oeuvres et maîtrisent leur diffusion éventuelle en format numérique ! Du moins c’est ce que pensent certains acteurs engagés dans l’édition numérique dont fait partie David Queffélec alias @nookeff sur Twitter que la Cantine numérique rennaise ne présente plus.
Premier coworkeur de la Cantine et animateur vedette de l’atelier 46, notre rendez-vous mensuel sur l’édition numérique, David collabore à la revue 100% numérique Angle Mort. Il est également à l’origine de notre cycle Livre & numérique qui a pour objectif de sensibiliser le grand public aux problématiques liées à l’édition numérique.
Coup de tête ou acte mûrement réfléchi ?
David Queffélec achète dans la foulée de l’article de son comparse Crouzet le nom de domaine Indisponibles.fr et déclare sur actuallité « La loi est là, elle est votée et elle existe. On ne pourra pas la combattre, parce que les éditeurs, Gallimard en tête, la soutiendraient contre nous. Alors avec ce projet, nous allons simplement contourner la loi. Légalement, à bon escient, et intelligemment. »
Quelles sont les solutions techniques envisagées ?
La fabrique sera issue d’un développement maison qui permettra une production industrialisée d’ePub à partir de fichiers au format Word ou OpenOffice.
Cette fabrique pourra, dans un second temps, être câblée directement avec les plateformes de diffusion numérique (Amazon, epagine, etc.), évitant ainsi une autre phase manuelle d’inscription des ouvrages dans ces plateformes.
Un scanner avec système informatique accolé permettra de numériser, avec le moins de manipulations manuelles possibles, un livre papier pour le transformer en fichier exploitable par la fabrique.
Là, tout reste à faire : trouver des plans en licence libre, estimer le coût des composants, le monter et le tester. Le LabFab de Rennes pourrait bien accompagner ce projet en proposant un développement basé sur la technologie libre Arduino.
Le site sera la vitrine de la coopérative. Il servira dans un premier temps à recenser les ouvrages et fournira des liens vers les plateformes de diffusion. Le site évoluera dans un second temps vers un site marchand, dont les bénéfices iront directement aux auteurs (et une partie à la maintenance de la plateforme).
Entre problèmes juridiques, barrières techniques, manque de temps à y consacrer, nombre d’auteurs se sentent impuissants et « subissent » cette révolution numérique. En proposant à ceux qui le souhaitent de publier leurs oeuvres indisponibles tout en maîtrisant la diffusion, la commercialisation et le prix de vente, la plateforme indisponibles.fr permettra enfin aux auteurs d’être pro-acteurs dans la mutation que connaît leur métier.

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